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Quelques mots pour les femmes sous-marines |
La plongée n'est plus une activité essentiellement réservée aux hommes ! A croire que dans l'esprit des plongeurs occidentaux, cette activité semble immergée dans une tradition masculine et que la femme ne connaît de la mer que la poésie des vagues s'étirant sur la grève et les couchés de soleil qui embrasent l'horizon. En écoutant les discours volontaires des écoles de plongée sous-marine actuelles et comment elles tentent, à grand renfort de statistiques sur le nombre de pratiquants féminins, d'ouvrir un peu l'espace sous-marin aux femmes, il est flagrant de constater que cette insistance ne fait que cacher un sexisme fort de plusieurs siècles d'histoire dans nos sociétés.
Bien sûr, le fait que la plongée à l'aide de scaphandres autonomes soit en occident une activité originellement pratiquée par des corps de métiers réservés aux hommes (chantiers sous-marins, activités militaires) explique bien ce sexisme. Pourtant, d'autres cultures montrent tout le contraire et la pratique actuelle de loisir semble attirer bien des femmes occidentales qui souhaitent se livrer pour leur plaisir à des escapades sous-marines. Bien que le milieu de la plongée se montre parfois d'une réticence très machiste à accepter ces dernières, le constat est fait qu'elles sont de plus en plus nombreuses à pratiquer et à intégrer ce milieu. Cependant, de la part des cadres, elles sont au mieux considérées comme des plongeurs " comme les autres " et très peu de distinction est faite pour exprimer certaines spécificités concernant le sexe féminin et la pratique des activités subaquatiques. Rares sont en effet les moniteurs ou monitrices ayant connaissance des pratiques traditionnelles des femmes de certaines peuplades en matière de plongée, et qui disposent de connaissances sur les spécificités physiologiques et culturelles des femmes et osant en parler simplement dans le cadre d'une formation à la plongée sous-marine. Il est affligeant de constater que dans les programmes de la plupart des écoles, aucun chapitre n'aborde autrement que par le biais d'une consigne de sécurité privée de toute information supplémentaire le cas des femmes enceintes : " En cas de grossesse, arrêter la plongée " ! Et quand puis-je recommencer à plonger ? L'azote est-il dangereux pour le fœtus ? Que faire dans le cas où des plongées auraient été réalisées en début de grossesse (parce que l'état n'était pas encore connu)… ? Après un discours voulant égaliser les sexes en lissant le plus possible les différences il est peut être temps de revenir s'intéresser aux particularités de chacun et d'examiner ce qui peut être dit aux plongeuses pour les aider à appréhender l'activité avec une connaissance adaptée à leur nature. Aussi, avant est-il possible de s'intéresser à d'autres horizons sur lesquels femmes et plongée ne sont pas toujours opposés. Des femmes " travailleurs " de la mer Un peu de culture ne nuît pas. L'occident a depuis des siècles éloigné les femmes des professions " maritimes " mais il n'en a pas toujours été ainsi et bien d'autres peuples montrent des coutumes très différentes. En remontant dans l'histoire, on trouve sur les rivages de la Mer Baltique et de la Mer du Nord des peuples témoignant d'une utilisation importante du milieu marin : les Kjoekkenmoeding. Datant du Mésolithique (il y a 7000 à 10 000 ans), ces peuples étaient des consommateurs d'huîtres remarqués (en attestent les impressionnants tumulus de coquilles retrouvés aux abords des villages). Il est fort probable que cette pêche aux coquillages incombait aux femmes alors que les hommes se réservaient pour la pêche en mer et la chasse. Ces femmes furent peut-être les premières apnéistes de l'histoire occidentale. En cherchant dans les textes, la pratique de l'apnée ne manque pas dans le monde grec et romain. Bien que les héros sous-marins soient bien souvent des hommes, Hérodote nous narre les exploits militaires de Scyllias de Scione qui s'aventura en apnée pour couper les amarres de la flotte de Xerxès, roi de Perse, alors qu'il tentait d'envahir la Grèce au Vième siècle avant J.-C. Mais il n'était pas seul et il réussit sa mission accompagné de sa fille, sans doute la première plongeuse de combat de l'histoire occidentale. En un lieu ou peu de personne n'accepterait de se baigner en maillot de bain, se trouve la tribu indienne des Yahgan. En Patagonie, malgré le fait que les explorateurs aient baptisé cette région du nom de " Terre de feu ", le froid est glacial, été comme hiver, et la température de l'eau avoisine les 5 degrés en moyenne. Ca n'empêche pas les femmes Yahgan de s'aventurer nues sous la mer pour y récolter mollusques et crustacés servant à l'alimentation de la tribu. Et cela, encore de nos jours. Aussi, plus connus sont les Amas du Japon. Un petit monde de plongeurs dont les femmes explorent elles aussi les fonds sous-marins afin de collecter algues et coquillages pour l'alimentation ou l'industrie perlière. Le mot Amas veut dire Océan en japonais archaïque et il existe un signe pour désigner ces plongeuses signifiant : " femme des mers ". Depuis plus de deux millénaires, ces femmes plongent en observant une organisation et des techniques traditionnelles strictes. Elles se subdivisent en trois groupes suivant leur expérience. Les Koisodo sont les plus jeunes, n'utilisent pas de bateau et font des apnées très courtes à des profondeurs n'excédant pas 4 ou 5 mètres. Les Nakaisodo, après avoir été Koisodo quelques années, opèrent en groupe depuis une barque et s'aventurent jusqu'à une dizaine de mètres pendant moins d'une minute. Les maîtres plongeuses, les Oisodo, descendent jusqu'à trente mètres et utilisent des gueuses afin d'aider leur descente en restant reliées à la barque par un filin afin que les hommes chargés de les assister sur la barque puissent les remonter jusqu'à la surface. Les temps d'apnée peuvent atteindre deux minutes. Bien que cette activité perdure encore aujourd'hui, elle est largement supplantée par l'utilisation de techniques de plongée modernes et ces Amas traditionnelles ne sont plus guère qu'un attrait pour le touriste. Les poètes comblés par des images d'érotisme naturel regretteront sans doute ces changements qui ont amené ces plongeuses à renoncer à leur nudité dans l'exercice de leur activité traditionnelle. Expliquer à chacun ce qui le concerne Nombreuses sont les plongeuses à ne pas savoir grand chose des conséquences particulières de la plongée en ce qui concerne les caractéristiques spécifiques liées à leur féminité. Encore doivent-elles s'interroger elles-mêmes et le plus souvent poser les questions qui les préoccupent en aparté, à des moniteurs peu formés pour y répondre convenablement. Bien sûr, certaines affections (cancer du sein, de l'utérus et les traitements associés) ne relèvent pas de la compétence du moniteur de plongée mais du médecin traitant et en de pareils cas, il est grandement conseillé de demander l'avis médical pour celles désirant continuer la plongée. Nombreuses sont cependant les spécificités du sexe féminin et certaines fort banales comme les menstruations ou le fait d'être enceinte méritent quelques mots. Actuellement, peu d'études ont été menées et les statistiques sont plutôt maigres concernant les conséquences de la pratique de la plongée sur ces états physiologiques. Cependant, plusieurs médecins semblent avoir étudiés la question et un ensemble d'avis ont été émis sur la question. Les cycles menstruels peuvent nécessiter quelques précisions de la part du moniteur envers les plongeuses. En premier lieu, les quelques études menées sur le sujet n'établissent aucun lien entre l'exposition à une saturation élevée et les phénomènes hormonaux, l'ovulation ou les cycles menstruels. En cas de perturbations du cycle hormonal (de retard des règles), les plongeuses devront chercher ailleurs qu'au palier de décompression les causes du problème qui les concerne. Pendant la période de menstruation, une partie du fluide sanguin est absorbé dans les tissus. Il en résulte une diminution du volume sanguin dont les effets peuvent être rapprochés de ceux d'une déshydratation. Peu d'études à grande échelle ont été menées mais il semble plutôt admis que les conséquences sont minimes en ce qui concerne les phénomènes de décompression et qu'à part conseiller aux dames de se donner durant leurs périodes une marge de sécurité supérieure à l'ordinaire il n'y a pas plus à s'inquiéter. Pour ce qui est de l'usage de contraceptifs oraux, il n'y a pas non plus d'études vraiment sérieuses ni de cas flagrant prouvant que leur prise soit un facteur " à risque " même si certaines statistiques peu exhaustives semblent montrer une légère augmentation des cas d'accident de décompression chez des femmes prenant la pilule. Rien de significatif cependant pour s'inquiéter à ce sujet. La prise d'aspirine avant une plongée est déconseillée. L'aspirine altère la fluidité du sang et donc modifie le métabolisme par rapport aux phénomènes de saturation/désaturation. Aussi, il est déconseillé de prendre des produits susceptibles d'avoir une action diurétique qui pourraient entraîner une déshydratation peu recommandée en plongée. Il est donc préférable, pour celles utilisant des produits pour se soulager durant leurs règles de choisir ces derniers en fonction de l'effet qu'ils ont sur leur circulation sanguine afin d'altérer cette dernière le moins possible. Parfois, l'équilibrage des oreilles ou des sinus peut être plus difficile en période de règles. Le passage de liquide sanguin dans les tissus tend à " gonfler " ces derniers. Si ce gonflement se produit dans des zones étroites des conduits aériens (trompe d'Eustache, sinus) des difficultés à équilibrer peuvent survenir. Certaines femmes ont des règles douloureuses et manifestent des signes d'angoisse, de tension, de fatigue, des pertes de vigilance, etc. C'est au bon sens de chacun de choisir s'il est raisonnable de plonger ou non, avec l'unique (et peu précise) consigne : " être en bonne condition physique et mentale ". Il vaudra sans doute mieux faire une petite plongée ou même la reporter que de se mettre à l'eau dans un état physique et mental médiocre. Le meilleur pour la fin : les requins ne montrent pas de perversions sexuelles envers la gente féminine humaine. Ils ne sont aucunement attirés par la faible quantité de sang qui pourrait être relâchée à la mer. Il semble que ce sang contiendrait même certains composés chimiques susceptibles d'éloigner les requins mais rien n'est vraiment connu sur le sujet. Situation fréquemment rencontrée : la plongeuse tombe enceinte ! Là, les avis sont unanimes, il faut arrêter la pratique de la plongée dès que la chose est connue. Premier risque pour la mère, l'accident de décompression. La poche de placenta est susceptible d'accumuler l'azote dissous et ses modalités de restitution sont inconnues et non prises en compte dans les modèles de décompression classiques (le modèle de référence est un homme jeune, en bonne condition physique !!). De plus, la circulation sanguine et la vascularisation sont altérées éloignant encore le corps de la femme enceinte du modèle physiologique " standard " pour lequel les modèles de décompression sont validés. A ce stade, une table de décompression ne veut plus dire grand chose et la plongeuse se livrera alors à une partie de loterie dont le premier prix est un accident de décompression. Aussi il est difficile de considérer la femme enceinte comme un individu en " bonne condition physique ", la grossesse entraînant bien souvent des nausées, des troubles de l'équilibre, des vomissements et une fatigue importante, un catalogue de facteurs recommandant de s'abstenir de plonger. Ensuite, le fœtus peut lui aussi subir des atteintes dues à la désaturation. Des expérimentations sur des rats ont montré l'apparition de malformations cardiaques et de la moelle épinière suite à l'absorption et à la restitution d'azote dans les tissus. Il est rassurant de savoir que les problèmes de toxicité (azote, oxygène) n'ont a priori pas de conséquences sur le fœtus, les pressions partielles auxquelles il est soumis étant nettement inférieures à celles subies par la mère. Dernier point très important, une mère peut-elle prendre un risque d'avoir un incident (ou un accident) en sachant qu'en cas de problème son enfant en subirait toutes les conséquences. En effet, nombreux sont les accidents de plongée pour lesquels un traitement en caisson est requis ou grandement conseillé : surpression pulmonaire, accident de décompression, noyade… Autant, la mère n'aura normalement aucune séquelle suite à son traitement hyperbare, autant cela peut se révéler très préjudiciable pour le fœtus. Là, les fortes pressions et la respiration d'oxygène pur font courir des risques de toxicité au fœtus pouvant entraîner un traumatisme oculaire et, à terme, une perte du sens de la vue (retrolental fibroplasia) chez le futur enfant. Mais parfois, la (future) mère apprend sa grossesse en revenant d'un séjour durant lequel la plongée participait de son emploi du temps quotidien. Doit-elle s'inquiéter ? Encore, il n'y a pas de réponse arbitraire. Néanmoins, il est recommandé qu'elle consulte son médecin pour lui signaler la situation et éventuellement qu'elle subisse une série d'examens afin de contrôler la formation du cœur, des artères principales et de la moelle épinière du fœtus. Généralement, un minimum de temps de 4 semaines est conseillé entre l'accouchement et la reprise de la plongée, ce minimum étant encore majoré en cas de césarienne (deux semaines supplémentaires). Mais là encore, l'avis du médecin traitant est primordial. Aussi, la condition physique et mentale de la mère est à prendre en compte. Rares sont les jeunes mamans capables de fournir l'énergie nécessaire à s'occuper d'un nouveau-né en pratiquant dans le même temps la plongée sous-marine. Bonne nouvelle, les mère choisissant de donner ne sein ne subiront aucune pénalité quant à la reprise de leur pratique subaquatique, il n'y a aucun risque que l'azote dissous dans le lait maternel lors de la plongée ait une quelconque conséquence sur le nouveau-né. Sujet difficile à aborder en salle de cours, les implants mammaires. Peu de chose à dire (en rapport avec la plongée), seulement que ces derniers ne présentent aucun risque identifié. La décompression n'est peu ou pas altérée (augmentation de 1% à 4% de l'azote dissous), ces derniers ne risquent pas d'imploser ou d'exploser à la descente ou à la remontée et les requins, à l'instar des hommes, ne sont pas particulièrement attirés par les femmes à forte poitrine. Néanmoins, il est bon de savoir que les implants en silicone sont plus lourds que l'eau et qu'ils modifieront la répartition du poids de la plongeuse ainsi que son poids apparent. On pensera donc à modifier son lestage lors des premières plongées après l'opération. Une anecdote pouvant expliquer des constations que de nombreux plongeurs font : les femmes consomment moins d'air que les hommes. Rien d'étonnant à cela, à poids égal, le volume pulmonaire d'une femme est plus faible que celui d'un homme. Mais que les hommes ne cultivent pas une jalousie à ce sujet, ce volume supérieur leur fait certes diminuer leur temps de plongée en scaphandre mais augmenter leur capacité d'apnée et donc leur temps en plongée libre. A chacun son terrain d'excellence. Aussi, dans la rivalité des sexes, la plongée se révèle être une activité offrant à chacun ses avantages et ses inconvénients. Les hommes pourront se réjouir d'une capacité d'effort physique extrême plus importante que les femmes et d'une plus grande force physique (surtout pour les muscles de la partie supérieure du corps). Cependant, les efforts extrêmes et la force physique de la partie supérieure du corps n'ayant que peu d'implication dans la pratique de la plongée, les personnes de sexe féminin n'auront à subir aucun handicap pour s'adonner à cette activité. Mieux, leur force musculaire relativement faible au niveau des membres supérieurs étant compensée par un plus grand développement de cette dernière au niveau des membres inférieurs, elles se montreront parfaitement compétitives en matière de propulsion aquatique qui nécessite le maniement d'imposantes nageoires, couramment appelées palmes. Finalement, les moniteurs de plongée n'ont pas totalement tort de restreindre leur enseignement des spécificités féminines à quelques mots concernant les femmes enceintes (interdiction absolue de continuer la plongée). Pour le reste, rien n'est aussi clair, et c'est avant tout à chacun de savoir ce qu'il peut faire en fonction de son état général et de savoir que tout facteur éloignant le métabolisme du sacro-saint modèle utilisé pour l'élaboration des tables de plongée est susceptible d'accroître le risque d'accident de décompression. Mais alors, simplement être une femme semble déjà assez éloigné du modèle de référence : un jeune scaphandrier de la marine nationale, certainement pas une femme ! François Rebufat (2004) |
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