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Histoire de pression et de décompression

Teiva descend chercher des perles par 40m de fond. Avant lui, son père faisait de même... et son grand-père, son arrière-grand-père aussi... L'accident de décompression en apnée, Teiva en a entendu parler. Des médecins lui ont expliqué comment, pendant des séries d'apnées répétées, l'azote contenu dans l'air qu'il emporte dans ses poumons s'emmagasinait dans son corps sous l'effet de la pression. Parfois, à la suite d'une journée particulièrement intense, une remontée trop rapide induit un dégazage un peu trop brutal de cet azote dissous. C'est l'accident de Taravana !
Ainsi il en est depuis des centaines d'années en Polynésie chez les chasseurs de perles en apnée, sans que d'autres explications qu'une brusque colère du dieu des océans ne vienne expliquer l'accident soudain. Mais laissons là la préhistoire et revenons à l'Europe.

Les balbutiements

Les candidats aux nombreux examens de plongée se souviendront du nom de Boyle, Robert Boyle, pour sa loi reliant pression et volume d'un gaz en proportion inverse (les Français préfèrent attribuer cette même loi au physicien Mariotte. N'étant pas historien et ne désirant aucunement réveiller de vieilles querelles, je m'astreindrais à la nommer loi de Boyle/Mariotte). Donc, en 1667, R. Boyle observe avec surprise qu'une vipère placée dans une cloche sous vide présente une détresse physiologique intense lorsque l'air en est extirpé. Ceci ne vous paraîtra guère étonnant, n'importe quel animal normalement constitué ferait de même s'il se retrouvait soumis brutalement à une très basse pression. Mais Boyle observe également la présence d'une bulle allant et venant derrière la cornée de l'animal, à l'intérieur de l'œil. Ce fut la première observation d'un dégazage "anarchique" consécutif à un accident (aigu) de décompression.
Ce même siècle, le XVIIième, connu quelques expérimentations hyperbariques anecdotiques, sans que cependant, la compression et la décompression d'êtres humains ne laissent de trace dans l'histoire de la décompression. Connu pour la comète, Edmund Halley s'immergea dans une cloche de plongée pendant 90 minutes à 18 mètres (courrez vérifier votre courbe de sécurité !), dans laquelle l'air était acheminé à l'aide de tonneaux. Si un accident de plongée eut lieu, il ne fut jamais reporté. Un médecin anglais du nom de Henshaw fit construire une chambre pressurisée pour y accueillir les gentlemen et les ladies, prétendant des bienfaits de l'air sous pression pour soigner les atteintes pulmonaires et intestinales. Henshaw ne laissa que peu de documents étayant la pertinence de ses moyens thérapeutiques. Il reste néanmoins le précurseur de la médecine hyperbare.

Les prolétaires comme cobayes.

Le XVIIIiéme siècle s'écoule sans incident et sans découverte majeure. Les techniques de plongée se développent, mais, encore balbutiantes, ces dernières ne permettent pas d'atteindre des temps et des profondeurs pour mettre en évidence la pathologie des accidents de décompression. Il faut attendre le XIXième où des équipements sous marins "performants" apparaissent et des chantiers subaquatiques commencent. EN 1840, on rapporte que les scaphandriers impliqués dans le sauvetage de l'HMS Royal George se plaignent de souffrir de "rhumatismes et de froid". A la même époque, sur les 352 ouvriers travaillant en caisson sur le chantier du pont "Eads Bridge" à St Louis, 30 sont atteints de paralysies graves, et 13 trouvent la mort avant la fin du chantier. On parle alors de la "maladie du caisson". D'autres cas sont remarqués : Brooklyn Bridge, le tunnel de Hudson river (un quart des ouvriers seraient mort durant le chantier)...
Vers 1850, Pol et Wattelle observent que les symptômes dont souffrent ces ouvriers sont atténués si ces derniers sont recomprimés dans le caisson. Une aubaine pour les contremaîtres : Il suffit de renvoyer les ouvriers au travail pour les soigner ! Et puis, comment mieux lutter contre l'absentéisme qu'en laissant constamment à vos ouvriers un petit accident de décompression dans les articulations ? Le mot " bend " commence à se répandre, par analogie avec une posture très à la mode chez les femmes de l'époque.
Poursuivant les travaux de Boyle, Pol, Wattelle, Triger et d'autres, le Français Paul Bert publie un mémoire d'un millier de pages, La pression Barométrique, mettant en évidence la dissolution d'azote dans le corps et la formation de bulles lors de la décompression. De plus, il introduit l'idée qu'une décompression progressive est à même de prévenir l'accident et, qu'en cas de symptômes, une recompression peut amener la guérison.
Dans le même temps, des caissons hyperbares furent expérimentés par des médecins pour soigner toutes sortes de maladies. Un chirurgien français du nom de Fontaine se fit construire un caisson "portable" afin d'opérer à l'intérieur. Il remarqua une diminution des cas d'accident d'anesthésie lors des opérations. En augmentant ainsi la quantité d'oxygène présent dans le sang, il prévenait l'anoxie partielle que subissaient ses malades lorsqu'il leur administrait un anesthésique comme l'oxyde d'azote. Un autre médecin du nom de Cunningham se fit construire un véritable hôtel de recompression à Kansas City en 1920. L'homme prétendait traiter ainsi l'ensemble des problèmes cardio-vasculaires. Il connut quelques succès mais devant le manque de probité de ses théories, les autorités médicales décidèrent de fermer l'hôpital alors qu'il prétendait arriver à soigner le cancer, pour lequel il incriminait des bactéries anaérobiques.

L'âge de raison

En 1906, le gouvernement anglais inquiet de l'incidence des accidents de décompression chez les travailleurs sous pression demande à l'Ecossais J.S. Haldane de poursuivre les travaux de Paul Bert afin de fournir un moyen de prévention à la maladie. L'étude expérimentale qu'il mena sur des chèvres permit à Haldane de fournir le premier jeu de tables de décompression. Leur usage fut aussitôt répandu chez les scaphandriers et le taux d'accident chuta significativement.
Des études menées dans les années trente suggérèrent l'utilisation d'oxygène sous pression à des fins thérapeutiques. On remarqua bien vite que suroxygéné le sang permettait aux bulles d'azote de se résorber plus rapidement et donc, d'accroître l'efficacité des traitements des accidents de décompression. D'autres usages médicaux furent expérimentés : lutte contre les bactéries anaérobiques, traitement d'intoxications gazeuses (monoxyde de carbone)...la communauté médicale commença à s'intéresser véritablement à ce nouveau moyen thérapeutique et la médecine hyperbare pris son essor.
L'invention du scaphandre autonome et l'augmentation croissante du nombre de plongeurs, les progrès techniques permettant de descendre plus profond, plus longtemps fournirent une raison de poursuivre les travaux d'Haldane, et ainsi adapter les tables de plongée aux profils (à la fois des plongeurs et des plongées). Les militaires de différents pays financèrent des recherches et fournirent des " cobayes " (US Navy, Royal Navy, Marine Nationale...). Des agences privées comme la Comex spécialisée dans l'ingénierie sous-marine firent évoluer les modèles afin de mettre en place des moyens de décompression propres aux plongées "extrêmes" qu'ils pratiquent. Des agences de loisir comme PADI mirent au point leur propre jeu de tables (modèle DSAT ) afin de répondre aux critères nouvellement posés par une population de plongeurs sporitfs peu entraînés et possédant une condition physique loin d'égaler celle d'un plongeur de combat.
Le model de référence actuel de la plongée loisir est du au professeur Bülhmann, le ZH-L16 (1983). "ZH" pour Zurich, "L" pour " Limites " et "16 " pour le nombre "M-values" (coefficients de tensions critiques) par compartiments (voir modèles de décompression pour plus d'informations sur les M-values). Des travaux parallèles sont menés aux USA par le professeur Workman, plus particulièrement concerné par les activités subaquatiques de l'US Navy.
Ces différents modèles ont donné naissance à différents jeux de tables de plongée, des planificateurs de plongée techniques pour PC et ces merveilleuses petites machines dont nous ne pouvons plus nous passer : nos ordinateurs de plongée submersibles.
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